L’image de la femme selon Arcan

À ciel ouvertJ’avoue n’avoir lu aucun des précédents livres (Putain et Folle) de l’auteure québécoise Nelly Arcan, de son vrai nom Isabelle Fortier, née en 1973. À Noël 2008, j’ai reçu en cadeau son tout dernier roman À ciel ouvert.

Quoi ajouter au court résumé de Stéphane Despatie paru dans l’hebdomadaire VOIR: « deux jeunes femmes urbaines totalement refaites, respectivement styliste de mode et scénariste, cherchent un sens à la vie en tentant de s’arracher l’exclusivité et l’attention d’un jeune photographe. En toile de fond, qui parfois occupe le devant de la scène: le Plateau Mont-Royal avec ses établissements et sa clientèle ». Voilà! Une histoire simple, directe, dans laquelle Nelly Arcan aborde les thèmes de la prostitution, de la pornographie, de la jalousie des femmes entre elles et du culte de la jeunesse des corps. Avec, en prime, des personnages sombres, obsessifs, contrôlants, blessés, fragiles, imparfaits malgré leurs désirs de perfection. Une écriture rythmée, caractérisée par de longues phrases, mais dotées d’un regard aiguisé sur un univers cruel et superficiel.

On dit que le livre comporte toutes les obsessions de l’auteure. Elle y dénonce surtout la chirurgie plastique, celle qui rend les femmes conformes à des stéréotypes sexuels. Lors d’une entrevue sur Internet, elle affirmait : « La réalité de la chirurgie plastique est de plus en plus répandue chez les femmes, même chez les plus jeunes. Elle vient répondre à une certaine quête du désir masculin, d’un idéal social construit autour du corps jeune, ferme, de mensurations qui sont établies à l’avance par le foisonnement des images des corps dénudés des femmes dans les magazines de mode ou dans les publicités ou encore dans les médias en général. Et donc, les femmes se font la guerre pour être la plus belle, pour être certaine de capter le désir masculin le plus possible. Pour moi, la beauté c’est quelque chose qui est déterminé à l’avance par la société dans laquelle on vit. La direction du regard est formatée par des images qui préexistent à la beauté. J’ai l’impression que les femmes tendent vers un certain type de beauté. Ce type de beauté change à travers les époques. Ce qui est différent aujourd’hui, c’est qu’il y a des moyens techniques, médicaux et chirurgicaux qui permettent de se rapprocher de cet idéal-là qu’avant on pouvait que rêver. On ne pouvait pas vraiment s’en approcher. Mais ce que cela à créer c’est l’illusion qu’on peut atteindre cet idéal et, en ce sens, cela peut être assez dangereux ».

En entrevue avec Raymond Cloutier à la Première Chaîne radio de Radio-Canada (le 26 août 2007), elle racontait que « tout le monde consomme les femmes, y compris les femmes, mais pour des raisons fort différentes», en comparant les magazines féminins et Playboy. Toujours selon elle, la vraie femme disparaîtrait derrière un voile de séduction (« la burqa de chair »), le corps modifié pour n’être qu’un sexe.

Avouons que sa vision des choses est saisissante et non sans intérêt car il est plutôt rare d’entendre une femme s’exprimer de la sorte sur les femmes. Chose certaine, vous comprendrez mieux ses propos en lisant son ouvrage. Bonne lecture!



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